P1130078a_1300_158.jpg

L'eau, les glaçons et le whisky.

Comme beaucoup le savent, les alcools légers (bière par exemple) ont été créés pour pallier à la très mauvaise qualité de l'eau. L'abus de bière donnait bien la gueule de bois au haut moyen âge, mais rarement la dysenterie comme c'était le cas pour l'eau. Tout le monde sait aussi que la bière ne se conserve que quelques mois contrairement aux alcools distillés. Une des origines probables du whisky serait donc la distillation de la bière afin d'en prolonger la dureée de vie.

Ce qui vient corroborer cette hypothèse, c'est le fait que l'ajout d'eau au whisky était systématique en ces temps reculés. Un peu sur le modèle de nos sirops auxquels nos ajoutons de l'eau de nos jours. 

L'expression "on the rocks" est bien connue des gens qui boivent leur whisky dans des "verres à whisky", c'est-à-dire des verres larges et trappus qui permettent facilement d'ajouter des glaçons. L'expression "On the Rocks" (qui signifie sur littéralement "sur des rochers (pierres)" trouve son origine dans l'habitude qu'ont pris les anciens écossais d'ajouter des cailloux trouvés dans les rivières (qui sont froides en Écosse) dans leur verre (ou leur quaich) afin de refroidir leur whisky.

Si les amateurs de single malt sont bien souvent opposés à l'idée d'ajouter des glaçons dans leur whisky, c'est surtout parce qu'ils font la plupart du temps des dégustations analytiques, ce qui requiert de pouvoir parfaitement déceler toutes les nuances gustatives de leur breuvage. Or les glaçons ont un effet légèrement anesthésiant sur les papilles. Donc pour les whisky haut de gamme le glaçon n'est pas recommandé. Mais on parle là de quelques 2% de la production mondiale de whisky et d'un pourcentage encore moins élévé de consommateurs, ceux qui peuvent et veulent se payer des whisky parfois très chers.

Pour les autres, donc pour la grande majorité, pour ceux qui consomment leur whisky comme il consommeraient n'importe quel alcool ou cocktail, le réchauffement du liquide aurait plutôt tendance à gâcher le plaisir et la tentation est grande bien souvent d'ajouter des glaçons. Et l'inconvénient des glaçons par rapport aux cailloux des vieux écossais est qu'ils fondent. Donc au bout d'un certain temps, non seulement ils ne produisent plus leur effet rafraichissant, mais en plus ils se sont dilués dans le whisky ce qui peut altérer le goût de celui-ci.

Comme nous vivons dans une époque où les progrès techniques n'ont plus de limites et où même les produits qu'on pensait figés à tout jamais (comme les bicyclettes de nos grands-pères) font l'objet d'innovations régulières (qui aurait imaginé l'essor des vélos ou trotinettes électriques il y a une dizaine d'années...?). Il semble que ce soit également le cas pour ces morceaux de glace qu'on produit soi-même depuis la géniale invention du congélateur. Mais même dans ce domaine, il y a de l'innovation. Entre autres innovateurs en la matière, des belges (qui rappelons-le sont les plus braves de toute la Gaule selon César) spécialisés dans la vente de glaçons ont mis au point un système permettant d'offrir à ses convives des glaçons "haut de gamme" alliant l'esthétique à la fonctionalité. 

Voilà bien une avancée technologique qui est de nature à faciliter la vie de bien des gens qui apprécient les glaçons dans leur cocktail ou "whisky-plaisir". Mais encore une fois, il convient de rester prudent dans l'emploi de glaçons dans de vieux single malts. Si effectivement l'impression de boire plus facilement sera certainement de la partie, on risque de passer à côté de bien des nuances. Dans les whisky usuels, ces nuances ont de toutes façons disparu depuis que la production est devenue massivement industrielle. Et cette fraîcheur ne pourra que leur faire le plus grand bien. Par contre, la plupart des vieux single malts offriront plus de plaisir si on y ajoute quelques gouttes d'eau. A très faible dose et à température ambiante, l'eau a la propriété d'ouvrir les arômes.

 

00523497_1300_158.jpg