Je ne pense pas que ce soit ici une affaire de goût personnel.
Il s'agit tout dabord d'une réalité économique. Le whisky est, et de très loin le plus vendu des alcools à travers le monde. Ici on ne parle pas encore de qualité, ni de goûts et de couleurs.
On ne parle pas non plus de variété de whisky, blend, single malt, grain, bourbon, rye, etc...
Il fut un temps où la distribution mondiale de l'alcool était totalement différente. Le Cognac (Brandy pour les brittaniques) a longtemps été considéré comme le roi des alcools. Parce que c'était le plus populaire, le plus vendu,et celui qui avait le plus de prestige. Ca a duré jusqu'à la grande catastrophe du phylloxera qui ravagea le vignoble francais pratiquement totalement au 19ème siècle. Grande chance pour le whisky qui était surtout confiné à l'Ecosse, du point de vue du marché.
Le phlloxera coincida par chance pour l'Ecosse avec l'invention du "patent still" qui permettait de distiller in continu le whisky de grain. Et un génial marchand de whisky a inventé le whisky à qualité constante, d'une année sur l'autre, d'un fut sur l'autre, etc... j'ai nommé le blend.
Tout comme le Cognac qui s'enorgueillit d'être un blend (c'est-à-dire un savant mélange d'un certain nombre d'alcools fabrriqués à partir de raisin d'une ou plusieurs des régions du cognac (Grande Champagne, etc....) pour arriver à produire un produit uniforme d'une année sur l'autre.
Le whisky a su profiter de l'aubaine, et s'est jeté sur l'opportunité de remplacer le Cognac dans moment difficile pour l'alcool Français.
Je pense que l'engouement assez récent pour le single malt ne vient pas beaucoup ajouter à ce titre que le whisky porte depuis pas mal de temps. Beaucoup ont abusé du titre, et commencé à produire un peu n'importe quoi. C'est ce qui s'est passé dans les années 1930 à Campbeltown. Une sérieuse diminution de la qualité des alcools produits ont décimé cette ville qui était à l'époque la capitale du whisky. Sur les 30 distilleries de l'époque, seules 1,5 + 0.5 subsistent. En fait il y en a 3: Springbank (=1), Glen Soctia (0,5: production intermittante, assurée par Springbank) et Glengyle (0,5: réouverture en 2002 après de très longues années de silence).
De plus, le whisky est fabriqué à partir d'orge, qui peut être produit n'importe où, même si d'aucuns préféreraient qu'il soit produit localement (voir à ce sujet le petit article dans le bulletin d'informations nr2 paru il y a quelques jours Pour ceux qui ne l'auraient pas reçu, je rappelle qu'il suffit de s'inscrire sur le site: .
www.whisky-distilleries.info/Souscription.shtml
Cela le met à l'abri d'aléas comme le problème du phylloxera en France.
Le reste est une affaire de goût, mais personnellement je ne connais aucun alcool avec une telle diversité de goûts et d'aromes. Comparer un Lagavulin à un Bladnoch, par exemple. Toute la gamme aromatique est couverte. Je ne suis pas sur qu'un alcool à base de raisin ait la même couverture.
Au fond, le raisin ,n'est-il pas surtout destiné à fabriquer du vin, qui est par définition assez riche en soi. Le fait de devoir distiller le vin pour en faire de l'alcool est significatif. Pourquoi ne distille-t-on pas un Chateau Eyquiem?
La bière étant par définition moins noble que le vin (quoique, en tant que Belge... je peux témoigner qu'il existe des merveilles dans le monde de la bière aussi),le fait de distiller le brassin ne peut qu'améliorer le produit fini. Probablement que l'alcool tiré du grain vieillit différemment, que les échanges gustatifs entre l'alcool et le bois du fut, et avec l'entourage l'enrichissent...
Ceci dit, je suis loin de cracher sur le Cognac et surtout pas sur l'Armagnac. Je pense que ce dernier souffre surtout d'un problème de marketing plutot que d'autre chose...