Quand on commence à s'intéresser à l'industrie du whisky (en bien des points comparables à n'importe quelle grande industrie, quand on sait le poids économique que cela représente pour l'Ecosse), on commence par se poser des questions simples de débutants.
- Whisky?
- Au détour d'un supermarché, on trouve qu'il y a deux sortes de whisky dans les rayons. Les uns s'appellent "blends" et d'autres portent des mentions "single malt", "pure malt", etc... Ces derniers sont en général plus chers.
- Alors on se dit "Tiens il y a deux sortes de whisky"
- Certains, plus curieux vont alors jusqu'à se poser la question de savoir comment le whisky est fabriqué. A titre d'anecdote, parmi les questions posées sur Google bien classées dans le hitparade et qui aboutissent sur whisky-distilleries.info: "What is the difference between whisky and cognac"
- Certains font le choix de s'intéresser au single malt. Les autres, nous allons les remercier d'avoir suivi jusqu'ici, et gentiment prendre congé d'eux.
- Continuant notre découverte dans le supermarché, on voit que les single malts portent le nom d'une distillerie, alors que dans le rayon précédent, c'étaient bien souvent des noms de fantaisie, avec des militaires écossais en kilt sur la bouteille. On ne compte plus les "Sir quelque chose" et autes "Scottish..." Mais on avait promis de ne plus parler de ceux-là...
Donc il y doit y avoir plusieurs distilleries de whisky en Ecosse apparamment. Personnellement, je ne me suis jamais posé la question de savoir où le coca était fabriqué, (sauf si on apprend à la télé qu'il ya des problèmes d'embouteillage quelque part...) Conclusion, le whisky n'est pas un produit uniforme. Tiens à côté il y a le rayon "vins". Là personne ne se pose de questions. C'est clair... Le whisky serait-il un peu comme le vin alors?
- Distilleries?
- Chaque distillerie a donc son style propre. Son style, tant du point de vue du gout de son whisky que de so politique commerciale. Les unes mettent une partie de leur production sur le marché sous forme de single malt, et les autres ne travaillent que pour l'industrie du blend (qui reste malgré tout très largement majoritaire).
- On finit aussi par comprendre qu'il y a des régions différentes et que certaines caractéristiques communes semblent exister entre des distilleries de la même région (quoique ceci reste à démontrer dans bien des cas)
- Première assurance... On peut dès maintenant fièrement annoncer à ses amis qu'on comprend le whisky, et on s'organise une soirée-whisky. On a acheté les Classic Malts, et plus rien de grave ne peut nous arriver. On est blindés
- Les indépendants
- Tiens, bizarre. Des whiskies portant le nom de distilleries, mais toutes dans le même genre de boite, avec un nom style "Dun Bheagan", "Signatory", etc...
- Et on finit par s'intéresser aux indépendants. On se rend compte alors que pas mal de ces firmes qui travaillaient depuis des années dans le monde du blend veulent aussi profiter de la vague "single malt" et mettent leurs meilleurs fûts sur le marché sous forme de malt (c'est plus cher...). D'autres sont montées dans ce train au début du boom du single malt des années 1980, et ont d'ailleurs largement contribué à l'essor de celui-ci.
- Nouvelles certitudes et nouveau confort intellectuel: on a compris le rôle des indépendants. Un certain nombre de marchands de whisky indépendants envahissent le marché, même si certains sont actifs depuis de nombreuses décennies. Pour en citer quelques-uns dans le désordre: Signatory, Gordon & MaPhail, Douglas Laing, Cadenheads, Murray McDavid, BlackAdder, Duncan Taylor et autres Peerless, Scott's, Hart Brothers, Ian McLeod, Adelphi, etc...
On pense même avoir compris les complexités du marché, les marchandages et les tensions entre les indépendants et les distilleries. Certaines distilleries entretiennent des indépendants, tandis que d'autres indépendants rachètent des distilleries.
- Là où les certitudes volent en éclat:
- A côté du confort que procuraient les firmes bien établies (on peut plus ou moins juger du sérieux et de la qualité des diverses gammes d'indépendants en se basant sur leur réputation et les expériences antérieures), voilà-t-y pas qu'on voit apparaître régulièrement de nouveaux acteurs.
Il y a quelques mois, un jeune caviste posait la question de la série des Best Casks of Scotland, dont personne n'avait entendu parler ici. Investigations, découverte de Jean Boyer, avec ses qualités et ses défauts.
Il y a quelques jours, un nouveau nom (pour moi) apparaît au fil des messages sur ce forum: Dewar Rattray. Il semble que ce soit un indépendant lié à la famille Morisson qui fait de bonnes choses. Une rapide recherche sur internet n'apprend pas beaucoup plus sur ces gens, parce que leur site se limite à une cartd de visite disant qu'ils ont retrouvé le fantôme de Stronachie, et qu'ils font du bon whisky... Un peu court pour les curieux que nous sommes.
Maintenant voici que d'autres acteurs viennent hanter les lignes de ce forum: Berry Bros and Rudd. Bon, là c'est plus clair.
Recherche sur Google, on atterrit sur le site d'un grand marchand de vins et spiritueux, (dont entre autres le whisky) de Londres. La vieille tradition des marchands de vin londonniens, qui étaient historiquement aussi producteurs de gin, etc. Un peu la lignée de Justerini et Brooks (?) Propriétaires de Cutty Sark et Glenrothes si on en croit un article dans WM...? Ou simplement agents commerciaux ce cette distillerie qui d'après mes renseignements appartient toujours à Edrington. Ah là là que ça devient complexe...
Mais la liste ne s'arrête pas là... Il y a encore des tonnes d'autres firmes sur le marché pour lesquelles c'est moins clair. (les "brokers?")
Mais moi, cela me laisse à la fois rêveur et sceptique. Ces braves gens (si j'ai bien compris) vont choisir des fûts dans des distilleries (à côté de multiples autres activités) et les mettent en bouteille et les vendent sous leur label. Quelle est la valeur ajoutée, et quelles sont les garanties de continuité qualitative? Bon vous allez me dire que chez Murray MacDavid, ce n'est pas tellemetn différent, mais là il s'agit de leur "core business". Leur survie dépend de la qualité de leurs choix. Tandis que pour des marchands de vin, le whisky n'est qu'une de leurs branches d'activité. Et s'ils se cassent la figure avec le whiky, il leur restera le vin, la tequilla, la vodka et évidemment les vins du monde entier.
Quand je compare cette démarche à celle par exemple d'un Douglas Laing, j'ai du mal à trouver la valeur ajoutée (si ce n'est des bons choix de fûts), tandis que les Laing font bien souvent la démarche inverse. Ils choisissent un bon fût, et ensuite le font remplir par la distillerie de leur choix.
- A côté du confort que procuraient les firmes bien établies (on peut plus ou moins juger du sérieux et de la qualité des diverses gammes d'indépendants en se basant sur leur réputation et les expériences antérieures), voilà-t-y pas qu'on voit apparaître régulièrement de nouveaux acteurs.
Restera-t-il du whisky pour tout le monde, (je veux dire pour les indis) puisque la tendance semble virer à une politique plus "protectionniste" et une offre plus variée de la part des distilleries elles-mêmes...
Si quelqu'un peut éclairer ma lanterne...
Peut-être qu'un recensement et des notes de dégustation d'un maximum d'indépendants pourrati nous être très utile ici...
Bravo à tous ceux qui auront réussi à me suivre jusqu'ici dans la lecture de ce nouveau post-marathon....

