Serge a écrit :Je ne crois pas. Faut juste avoir une éthique à géométrie variable et pas beaucoup d'amour propre...

Ou comme le disait le grand Frank (pas McHardy), faire partie de ceux qui sont dedans juste pour la monnaie.
Cela fait plusieurs fois que je vois écris pis que pendre sur cette odieuse race d'acheteurs/vendeurs de bouteilles dépourvus de toute morale et de tout amour propre et qui ne connaissent comme moteur que le seul appât du gain.
Et bien je vais essayer de ramer à contre-courant, et celà en dépit de l'admiration que j'ai pour Serge, ses moustaches, son travail, son talent à faire passer en quelques lignes plaisantes à lire ce qui peut nous plaire ou ce qui peut ne pas nous plaire dans un whisky. Une gageure, donc.
Tout d'abord, je trouve assez déloyal de juger du comportement des gens sans connaître leurs motivations. Quant à en tirer des conclusions sur leur moralité, voilà qui est pour le moins hasardeux.
Stigmates d'une période financièrement tendue (euphémisme), il m'est arrivé depuis d'acheter des bouteilles en grande quantité avec le secret espoir que la revente d'une partie d'entre elles me permettrait de réduire mes propres coûts de consommation, ou en prévision, de crainte de connaître à nouveau une période où l'achat d'une bonne bouteille ou d'un fromage du bon faiseur ne serait à nouveau plus envisageables. Pour être tout à fait juste, cette brillante idée est devenue avec le temps un faux argument pour essayer de mieux faire passer auprès de ma moitié la multiplication de mes achats : de fait, je n'ai revendu à ce jour aucune de mes bouteilles (Stéph, le Laph 15 ça compte pas, hein ?). Mais toujours est-il que oui, si j'ai l'impression qu'une bonne occasion se présente, je suis capable d'acheter 6 fois, 12 fois, 24 fois la même bouteille (whisky ou vin) en me disant que celles que je revendrai me paieront celles que je boirai. Et si les Very Young continuent sur leur lancée, plutôt que de boire trois fois la même bouteille, je n'aurai aucun scrupule à en revendre une pour me rembourser en partie du Strathisla 67/07 G&M 50% que je me suis offert hier et que Serge décrit avec tant de passion. Ce jour là, est-ce que je devrai rougir de mon comportement indigne ? Non, ça aura simplement été pour moi un moyen visant à mettre ma passion en adéquation avec mon pouvoir d'achat.
Nous sommes tous unis par une même passion dégustatrice, mais nous ne bénéficions pas tous des mêmes leviers pour l'assouvir. Pour certains, ce sont les sous : gagner plus pour acheter plus ; Pour d'autres, c'est l'entregent : construire avec le temps sa place dans le microcosme du whisky, nouer des contacts, des amitiés, récupérer des samples, des bouteilles ; D'autres en ont fait leur métier. Et franchement, je trouve ça un peu facile et pas très sympa de la part de ceux qui ne manquent pas de leviers de faire la morale aux autres : Nous nous accordons tous pour trouver les niveaux atteints par certaines transactions surréalistes. Dans ces conditions, comment ne pas admettre que certains puissent préférer s'offrir une semaine de vacances en échange de quelques bouteilles dont la valeur objective à leurs yeux ne dépasse pas une cinquantaine d'euros ? Et ayant eu l'occasion enfant, puis professionnellement de pas mal me ballader "aux frais de la princesse", je trouverais cela encore plus déplacé de ma part de leur en faire reproche.
Alors moi je dis buvons, vendons, achetons, "fay ce que vouldras", mais toujours dans la bonne humeur, non d'un p'tit bonhomme !