corbuso a écrit :Ce que je ne comprends pas vraiment, c'est la politique de Diago du "tout bourbon".
Ce n'est pas une politique propre à Diageo. Il se dit dans le milieu des distillateurs écossais que l'avenir est aux fûts de Bourbon, et on va jusqu'à dire que les autres types de fûts vont se raréfier.
Il y a plein de raisons.
La plus importante est que le fût de Bourbon sucre le whisky (de façon plus neutre et moins marquée que le sherry wood), et donc lui permet d'être dégustable jeune. Il gomme les duretés de la jeunesse. Qui a goûté des Aberlour ex-fûts de Boubon (ASB pour simplifier) ? C'est du jus de pêche abricot, qui n'a avec les Aberlours d'il y a 10 ans qu'une parenté lointaine, mais qui peut se boire très jeune. L'intérêt financier est immense, et c'est ce qui compte pour ces compagnies.
En plus, cela fait des goûts faciles, accessibles à tout le monde, non segmentant comme disent les gens du marketing. Et ainsi cela multiplie le débouché.
Les autres sont que les Hogsheads sont très aléatoires. Je viens de déguster ce soir un échantilloin de Caol Ila de 22 ans pris au fût, et ben il n'est franchement pas bon. Le fournisseur va se garder son fût.
La troisième c'est que les distillations de nos jours sont faites pour produire des goûts éclatants mais plus superficiels que dans le temps, et qui gagneront moins au vieillissement. Cette constatation vaut aussi pur nombre de vins, mais aussi les autres boissons. Le palais d'aujourd'hui manque d'éducation, et c'est un mouvement quasi-irréversible.
Déjà nous voyons des signes de ce qui se profile, sur Aberlour comme dit, mais encore sur des distilleries comme Glendullan et Benrinnes et même Clynelish dont j'ai pu déguster récemment les jeunes production. Même Billy Walker le génie de Benriach est de cet avis. Morrisson Bowmore se met aux ASB tout doucement, etc, etc...
Tout le monde suivra. L'économie moderne a la hantise du stock, et le palais moderne veut de l'éclat. Les passionnés de finesse et de complexité ne sont pas asssez nombreux.
Tout cela plaide pour des whiskies distillés sans "flegmes" (produits lourds de queue de distillation demandant du temps pour vieillir), et en ASB pour éxalter le fruité.
Quant à la disponibilité des ASB, l'industrie du Bourbon est en expansion rapide, il n'y a pas de problème pour les années qui viennent.
Est-ce dommage ? Certainement, du point de vue des amateurs que nous sommes. Mais pas du point de vue de la masse, qui peut accéder aux jeunes Aberlour (par exemple) tant à leur goût qu'à leur prix, mais qui rechigne à se former le goût par manque de temps et aussi de professeurs.
Les produits authentiques typés terroir sont progressivement marginalisés par les courants modernes.
Pour finir, je crois que les grandes sociétés ont constaté ces choses, et essaient de sortir des produits de la meilleure qualité possible compte tenu des contraintes du goût moderne de la masse et de celles qui sont purement financières.