Bon, on va y aller.
Une petite précision avant de commencer. Au cours de mon étude, Jean-Mi m'a fait part d'une tentative analogue qu'avait fait Johannes van den Heuvel en 2006 sur sont site "Malt Madness". Je précise que je ne connaissais pas ses travaux quand j'ai commencé ma propre analyse. D'ailleurs, vous noterez des divergences entre nos conclusions, même si au départ, à cause d'une base de donnée bien trop réduite, je suis parti sur les même idées avant de réaliser mon erreur lorsque j'ai confronté mes premières conclusions à une base de donnée bien plus importante.
Cette base de donnée repose sur mes propres bouteilles, ainsi que sur les renseignements fournis par Jean-Mi et par Pierre (j'espérais plus de participants, mais bon ...), et surtout et principalement sur les archives des sessions de Whisky Auction depuis sa création.
Soit, comme dit plus haut, pas loin de 4000 bouteilles. Je parle là de la totalité des embouteillages G&MP que j'ai pu trouver, et pas uniquement des bouteilles affichant un code de datation. Cette remarque prendra son importance par la suite, notamment car ce codage est assez récent (eu égard à l'âge de G&MP).
Les principes de base:
Les codes de datation G&MP apparaissent soit au dos de l'étiquette (visible par transparence, donc), soit au bas de la bouteille (à l'extérieur du verre et à l'opposé de l'étiquette). Ces codes utilisent de toute évidence la technique du jet d'encre matriciel (caractères imprimés à l'aide d'une matrice de points), même si le passage de la période "dos d'étiquette" à celle "bas de bouteille" s'est accompagné de toute évidence d'un changement de machine, ce qui a permit un gain en qualité et en précision d'impression ainsi qu'une réduction de la taille des caractères. Par observation visuelle des différentes bouteilles de ma base de donnée, je situe ce changement au passage de l'an 2000. Ce type d'impression matriciel à jet d'encre est très répandu dans le milieu industriel.
Ce code est composé de deux caractères dateurs, un slash, puis d'une deuxième série de 1 à 4 caractères indiquant l'ordre de passage devant l'imprimante.
Cela ressemble à XX/X, XX/XX, XX/XXX, XX/XXXX.
les "good peoples" ( Serge

) de G&MP on transcrit la base 10 numérique (utilisée dans notre calendrier pour indiquer les années) en base 10 alphanumérique. A ceci près que cette transcription ne part du 0, mais du 1, et ne se termine pas à 9, mais à 10 (ok, ceux que ça chiffonne pourront toujours dire que 10 est le zéro de la dizaine suivante

). On verra par la suite que cette notion de 0/10 est importante pour comprendre la bizarrerie apparente au passage des décennies.
Ainsi, toute la base du code repose sur:
A=1
B=2
C=3
D=4
E=5
F=6
G=7
H=8
I=9
J=10
Ce système est utilisé pour les unités et les dizaines. Les siècles et millénaires ne sont pas indiqués

, ce qui explique qu'il n'y est que deux caractères. Ce qui nous donne:
(19)91: IA
92: IB
93: IC
94: ID
95: IE
96: IF
97: IG
98: IH
99: II
(20)00: JJ (où on voit bien l'importance d'être partie de 1 à 10, et non de 0 à 9)
01: JA
02: JB
03: JC
04: JD
05: JE
06: JF
07: JG
08: JH
09: JI
10: AJ
11: AA
12: AB
13: AC
14: AD
15: AE
16: AF
17: AG
18: AH
19: AI
20: BJ
21: BA
etc ...
Nota: les dates en italiques sont bien sur des extrapolations de ma part.
Pour la deuxième série de caractères, il s'agit simplement d'un ordre de passage devant la codeuse à jet d'encre. Toutefois, étant donné qu'il n'y a besoin que de 10 caractères pour dater (de A à J), ces mêmes caractères ont été utilisés pour la deuxième série de caractères. C'est aussi une pratique courante dans l'industrie.
Chronologiquement, on commencera par la série mono-caractère de A à J, puis bi-caractères de AA à JJ, puis de AAA à JJJ, puis de AAAA à JJJJ. Je n'ai pas rencontré d'exemple utilisant plus de 4 caractères. L'apparition des séries à 4 caractères semble relativement récente (quelques années), ce qui tend à prouver qu'année après année, G&MP produit de plus en plus d'embouteillages.
Les limites d'application:
Tout d'abord, cette méthode de codage n'apparait qu'à partir de 1991 (ce qui explique que j'ai commencé ma liste à cette date). J'y vois personnellement plus qu'une coïncidence avec le passage de 75 à 70 cl, et je ne serais pas étonné qu'il y ait une histoire de règle européenne la-dessous.
De plus, il semble que tous les embouteillages post 1991 n'est pas été ainsi codés. En particulier, dés qu'il s'agit d'un embouteillage/sélection pour tel ou tel évènement/revendeur/association/etc, il est plutôt rare d'y voir de tels codes. J'y vois pour ma part que ces embouteillages particulier sont hors process standard, hors planification de la part de G&MP. Peut-être même embouteillés sur un autre site.
Edit: Petit oubli de ma part, les céramiques (bouteilles ou carafes) ne sont pas codées non plus. Là encore, amha, c'est parce que ça sort du process standard.
De l'infaillibilité du système, ou plutôt de la rigueur
de G&MP, et autres bizarreries:
Avant de vous jeter à corps perdu dans la datation de vos bouteilles, et surtout avant que quelques petits malins ne viennent me traiter de charlot

parce qu'il ont LA bouteille qui ne répond pas tout à fait à ce système de datation, je préfère préciser que j'ai moi même noté quelques bizarreries dans ma base de donnée.
Tout d'abord, avec l'année d'apparition de ce système de codage.
J'ai dit plus haut que cette méthode avait démarré en 1991. et c'est tout à fait vrai pour les prés de 4000 bouteilles que j'ai examiné. Une grande majorité des embouteillage de 1991 et après (à part les exceptions évoquées plus haut) sont ainsi codées, et toutes celles antérieures à 1991 n'arborent aucun code.
Toutes ... sauf 2. 2 sur près de 4000. On trouve en effet deux embouteillages 50yo dans la série Book Of Kell (bouteilles carafe dumpy), un de 1987 et l'autre de 1988 correctement codés au verso de l'étiquette (respectivement HG et HH). Ce sont les deux seuls exemples que j'ai pu trouver.
Enfin, il semblerait que G&MP ait par moment une rigueur toute relative dans sa gestion du flux, et que le FIFO ne soit pas une règle sacrosainte.
Tout d'abord, en parcourant ma base de données, on peut voir des anachronismes. C'est à dire des millésimes d'embouteillages affichés qui ne correspondent pas au millésime codé. Par exemple, au lieu d'avoir un IE pour un 1995, on va avoir un IF voir un ID. Cela se produit le plus souvent dans les derniers et/ou premiers mois de l'année. Si malgré ces problèmes de correspondance entre millésime affiché et code, la chronologie des codes/millésimes était respecté, cela pourrait indiquer par exemple que le changement d'exercice annuel ne se fait pas du 31/12 au 01/01, mais dans ce cas, ça arriverait chaque année, et à la même période, ce qui ne semble pas être le cas. Mais le pire, c'est que parfois, la chronologie des millésimes n'est pas respectées.
Deux cas de figure se présentent suivant l'époque et le type de codage:
1er cas, codage sur bouteille (le plus récent):
Pour les millésimes d'embouteillage dont le code indique l'année suivante du millésime affiché sur la bouteille, je devine des bouteilles qui ont été stockés dans un coin entre l'embouteillage/étiquetage et le passage à la codeuse. Par exemple, en cas de panne de codeuse, on dépote les bouteilles en cours dans un coin, puis quand le codeuse redémarre, on commence par écouler les bouteilles qui arrivent en flux tendu, puis quand un creux de production se présente on réinjecte dans le flux les bouteilles dépotées.
Pour le cas ou les codage est antérieur au millésime affiché, c'est plus coton. Je n'ose pas imaginer que G&MP se permettrait d'afficher une date d'embouteillage 2009 sur un whisky qui serait passé du fut à la bouteille en 2008, par exemple, et donc de tricher sur son âge réel. On peut imaginer que dans ce cas, les machines de remplissage soient en pane quand la codeuse marche, et que du coup, ils anticipent le codage sur des bouteilles vides qui passeraient ensuite au remplissage ? Ou qu'ils prennent volontairement de l'avance sur le codage en période de creux de "mise en perce" de futs ?
2ème cas, codage au dos de l'étiquette (le plus ancien):
Un peu comme pour le codage sur bouteille, peut-être que parfois, ils prenaient de l'avance en codant des étiquettes bien avant de remplir les bouteilles, ou bien après (retard de livraison d'étiquettes, panne de la codeuse, ...)
En tout cas, m'étonnerait beaucoup qu'ils encourent les foudres de la SWA en antidatant certains embouteillages. Et quoi qu'il en soit, cela ne représente qu'un faible pourcentage des codes recensés dans ma base de donnée.
Plus perturbant sont les cas ou ces écarts entre millésimes et codages sont de plusieurs années. Je veux bien qu'à ce petit jeu de gestion des stock interflux, des bouteilles soient stockés pendant plusieurs années (encore que ça ferait bizarre de voir sortir une nouvelle bouteille embouteillé plusieurs années avant).
Mais dans les cas ou c'est le code qui anticipe de plusieurs années le millésime d'embouteillage affiché ???
Utilisation de cette étude et de la base de donnée:
La première utilisation est bien sur de vous permettre de dater vos bouteilles non millésimées à l'année près en utilisant la première partie du code. C'est suffisant pour faire une estimation d'une bouteille trouvée en magasin, par exemple.
La deuxième utilisation, en se reportant à ma base de donnée, est de situer plus finement dans l'année en observant ou votre code s'insère dans la liste et en regardant les quelques millésimes précis (année+mois, voir année+mois+jour) encadrant votre code. C'est plus pointu, et ça peut permettre d'estimer plus précisément une bouteille sur WA, par exemple.
Toute fois, il faut bien garder en tête que, même si ce cas de figure est assez rare, finalement, rien ne vous garantie de ne pas être tombé sur un cas d'anachronisme du code. Disons qu'une telle estimation doit avoir une fiabilité de 95%.
Enfin, peut-on se servir de cette méthode pour dépister des fake ? Franchement, je n'en sais rien, c'est à chacun de voir. Ce qui est sur, c'est que si vous tombez sur une bouteille de 75cl, avec un numéro d'empreinte "SC 999" sur le culot de la bouteille avec un code de datation au dos de l'étiquette, voir pire un code imprimé sur le verre, ça mérite de prendre le temps d'une analyse complémentaire. De même, dans le cas ou il y aurait les deux types de codage, méfiance, amha.
Mais je ne pense pas qu'on puisse raisonnablement accuser quelqu'un de malhonnêteté parce qu'il vendrait une bouteille de 70cl avec un anachronisme (même de plusieurs années) entre code et millésime. Comme on l'a vu plus haut, il semble que G&MP ne soit pas d'une rigueur absolue à ce sujet.
PS: je n'ai pas encore trouvé le moyen de poster la base de donnée triée et ordonnée chronologiquement sur le forum en conservant les couleurs que j'ai employé sous Excel pour mettre en évidence les différentes bizarreries que je n'ai pas réussit à corriger (erreur de saisie de ma part ou de lecture de la part de WA).
Dés que j'en aurais trouvé le moyen, je vous mets ça a dispo. Cette liste sera d'ailleurs enrichie à chaque session WA, ou de tout autre source de renseignement (à vot'bon cœur m'ssieurs-dames).