Page 1 sur 1
Kavalan, made in Taiwan
Publié : 31 janv. 2010, 15:28
par BugsBunna
Gros choc ce matin.
Pas l'atterrissage un peu brutal a CDG, mais la lecture de whiskyfun version iPhone dans le RER en regagnant mes pénates.
J'en aurais presque rendu mon sandwich au jambon AirFrance du matin et peut-être aussi mes tofu, gao et mochi aux haricots rouges de la veille.
Un whisky made in Taiwan qui tient la dragée haute aux fils chéris de l'Ecosse ?
Justement j'en viens, de Taiwan, et je n'ai vu cette gloire locale nulle part, même pas au bar pourtant bien achalandé de l'hôtel .
A quelques jours près, je me serais mis en quatre pour dégoter cette merveille et vous la ramener au witch (un sérieux prétendant a entrer dans la composition du Glen witch II ?)
Je ne vous cache pas que je suis un peu dépité sur ce coup-la.
Alors je vais poser un cierge a saint-Serge aux moustaches de dragon (et les moustaches de dragon, c'est diablement bon) : s'il te reste ne serait-ce qu'un minuscule fond de sample de Kavalan, pourrais-tu nous l'apporter au Witch (si ce n'est pas trop te priver), pour atténuer ma honte et ma frustration?
Re: Kavalan, made in Taiwan
Publié : 31 janv. 2010, 16:13
par jmputz
On en a déjà brièvement parlé
ici.
J'ai lu aussi que j'aurai l'occasion de déguster cete merveille à Chicago en avril... Si on nous donne des verres propres à chaque fois, je m'empresserai de vider son contenu dans une fiole pour te l'offrir au witch.
Mais c'est vrai qu'il est meilleur que le King Robert... d'après les on-dit.

Re: Kavalan, made in Taiwan
Publié : 31 janv. 2010, 16:26
par BugsBunna
OK, merci !
P.S.: je me demande comment vont vieillir ces whiskies dans le climat de Taiwan (tropical-pollué)
Re: Kavalan, made in Taiwan
Publié : 31 janv. 2010, 16:30
par Jean-Michel
Bin moi aussi j'ai eu un petit coup au coeur ce matin, et sur la même page que celle que tu évoques, mon gros lapin :
Mais commençons par le début...
Au Printemps 1995, armé d'une femme et d'un bout de choux de quelques mois, j'investissais notre nouveau (et premier) "chez nous", un comble aménagé façon loft à deux pas de la place du Capitole, dans un Hôtel Particulier, dont l'ancienne propriétaire vivait dans un petit appartement qu'elle avait conservé au rez-de-chaussée.
Il se trouve que cette dame avait également conservé la propriété de la cour intérieure de l'immeuble, dont-elle nous louait quelques mètres carrés pour que nous puissions stationner. La transaction s'effectuait moyennant quelques billets de 10 francs dont les numéros ne se suivaient pas, et était menée de façon fort cérémonieuse : après un délicat tapotement à la porte, j'étais invité à entrer par son aide ménagère, et introduit dans la pièce où la douairière tenait salon. "Tenait salon" est vraiment le terme qui me semble le plus approprié, puisqu'après m'avoir invité à prendre un siège, cette dame agée et (pas si) respectable (que ça), embagouzée et enchoucroutée à souhait comme Alice Sapritch dans "La Folie des grandeurs", me narrait invariablement quelques-uns des épisodes les plus insolites et singuliers d'une vie qui avait été pour le moins mouvementée et rocambolesque, et dont la trajectoire avait croisé celle de nombreux "grands hommes", dont celle de feu son mari, l'héritage duquel lui permettait de terminer sa vie à l'abri du besoin.
L'une des étapes du rituel consistait pour elle à m'indiquer d'un ton très las et du bout des doigts d'une main qu'elle semblait ne pouvoir soulever qu'à grand peine, une caisse en osier tressé qui faisait office de coffre à alcool. Ma mission : nous servir un petit verre de mon choix pour accompagner notre entretien, lequel pouvait durer une paire d'heures. De toute évidence, cette caisse avait du contenir de grandes choses, mais il y avait bien longtemps que plus personne ne prenait le soin d'en assurer la remise à niveau. 2 vieilles bouteilles de Sancerre (1967 et 1969) y étaient conservées debout, et finirent à ma table un jour où je rallumais avec succès la chaudière de la douairière. Un Sancerre de 30 ans, ça ne justifie pas le détournement d'héritage, je peux vous l'assurer, mais l'intention était tellement bonne, que j'ai presque trouvé des qualités à ces breuvages. Et puis 1967/1969, c'étaient nos années...
Il y'avait également dans ce coffre quelques crèmes de fruits diphasiques, la crème au fond, et une espèce de jus brun au-dessus, qui terminaient paisiblement leur vie au même rythme de déchéance tranquille que la propriétaire des lieux.
Mon choix se portait imperturbablement sur la seule bouteille qui présentait encore une allure consommable : un Armagnac passe-partout, qui devait être le cadeau qu'apportaient la fille et le gendre à chacune de leurs visites annuelles.
A chaque fois, mon interlocutrice prenait un air un peu ennuyé "Ah... vous êtes sûr qu'il n'y a rien d'autre ? Regardez bien...", et à chaque fois je lui assurais que c'était parfait, que son Armagnac était très à mon goût. Et à chaque fois, la conversation embrayait sur ce qu'elle buvait étant jeune, les whiskies servis aux grandes réceptions auxquelles elle assistait, "Et celui que je préférais, là, comment s'appelait-il, déjà ? Ah ! C'est terrible de vieillir ! Le... White... Ah ! Oui ! White Heather ! C'est ça !".
Il faut que vous sachiez qu'à l'époque, je ne consommais que du (bon) whisky "standard" : Laga 16yo, Laph 10yo, Talisker 10yo, Clynelish 14yo F&F, Auchentoshan en provenance de la côte Landaise, et mes deux bouteilles "hors normes", un Ardbeg 1974/97 G&M CC acheté par ma mère en pélerinage à LMDW, et un Scapa 1960 acheté à une vente aux enchères de charité. De toutes façons, ça me paraissait totalement absurde de mettre plus de 350.00FF dans une bouteille de whisky. Et ma demi-douzaine de bouteilles allaient me durer plus de 10 ans.
Autant dire que le "White Heather", je n'en avais jamais entendu parler, et m'eut-elle dit "VAT 69" à la place que je l'aurais tenu en aussi petite considération. Ce n'était pas un single malt, et cela suffisait dans mon jeune esprit à jeter dessus le voile du discrédit.
Et puis hier soir, j'ai vu une bouteille de "White Heather" sur Whisky Auction. Alors me demandez pas pourquoi, mais comme certains font dire une messe en mémoire des disparus qui leur sont chers, moi, j'ai misé quelques dizaines d'euros sur cette bouteille. En mémoire des petits verres d'Armagnacs sirotés avec componction en compagnie de cette vieille bourgeoise, à écouter ses aventures du temps d'avant, assis sur la pointe des fesses, essayant de donner de moi l'image d'un garçon bien élevé.
Et cette bouteille, je l'ai "gagnée".
Et ce matin, je vois qu'elle faisait partie du "panel" auquel Serge a confronté la production Taïwanaise. Et qu'elle ne s'en sort pas mal du tout.
Alors cet après-midi, je dis en levant les yeux vers Là-Haut "Chapeau Madame ! Votre "White Heather", c'est pas de la daube !". Et lorsque le flacon sera arrivé, c'est mon verre que je lèverai. Et je prendrai bien soin d'en renverser quelques gouttes. Sait-on jamais : peut-être viendra t-elle les chercher...
Re: Kavalan, made in Taiwan
Publié : 31 janv. 2010, 17:02
par jmputz
Je pense que nous devrions décerner des prix litéraires sur ce forum...
Jean-Michel sera un des nominés (comme on dit pour les émissions de télé réalité).
Quand j'ai vu apparaître ce bloc de texte, sans ligne intercalaire qui aurait pu alléger le sentiment de "pff... encore un texte interminable"..., je me suis dit que je n'allais pas tout lire... Surtout après ce sublime Brora que je n'ai pu m'empêcher de comparer à un ou deux autres...
Et bien, il m'a suffi de lire la première phrase pour avaler le reste avec délectation. (le reste du texte, pas du Brora. Sur ce dernier, je n'avais aucun doute)
Quelle famille, ces Levy. Un écrivain hors pair et un caricaturiste de haut vol (dommage qu'il n'apprécie pas trop le whisy, le frère Levy...).
Amis witcheurs, attendez-vous à des soirées de haut vol.
Bravo, Jean-Mi.
A quand le Goncourt (de circonstances) ?
Re: Kavalan, made in Taiwan
Publié : 31 janv. 2010, 18:24
par BugsBunna
C'est beau, Jeanmi, pour un peu j'en pleurerais (a mois que ce ne soit l'effet du décalage horaire?)

Re: Kavalan, made in Taiwan
Publié : 31 janv. 2010, 19:45
par Jean-Michel
J'ai quitté le forum une petit paire d'heures ("Cauchemar en Cuisine", sur W9, j'adore !), et je suis tout touché de vos gentils mots, même si :
- "Tout touché", ça sonne bizarre (on entend "Toutou")
- A la réflexion, j'aime bien les gentils mots...
Et maintenant, je vais m'absenter un p'tit peu à nouveau, mais pour manger des crêpes

! (Youppy !)
Re: Kavalan, made in Taiwan
Publié : 31 janv. 2010, 19:47
par bottler
Quel régal ! Avec un petit relan XIXeme siècle. Mmmmmm ! Absolument sucu...
Re: Kavalan, made in Taiwan
Publié : 31 janv. 2010, 19:48
par cyriltoulousain
Quel régal de parcourir ces lignes !
Trop chouette ce texte.
C'est un bon Jean-Michel... et c'est un gars du Sud-Ouest.

Re: Kavalan, made in Taiwan
Publié : 31 janv. 2010, 20:03
par canis lupus
jmputz a écrit :A quand le Goncourt (de circonstances) ?
Ben, c'est pas un compliment ça ?

Re: Kavalan, made in Taiwan
Publié : 31 janv. 2010, 23:02
par Serge
C'est amusant, j'étais avant-hier à L'Esprit du Vin à Albi, donc pas loin, et y ai dégusté une cuisine aussi spirituellement composée.
Comme quoi les coincidences ne cessent de coincider.
Re: Kavalan, made in Taiwan
Publié : 01 févr. 2010, 07:30
par lagaphroaig
Très très beau texte, Jean-Michel!
