Ta remarque est intéressante, ttn.
Lorsque je lis les notes publiées dans Whisky mag ou encore celles de Serge, je suis assez sensible à une certaine forme d'emphase : "une pleine brique de jus d'orange fraichement ouverte", ça donne vachement plus envie de goûter au truc que "notes d'agrumes (oranges)", et comme c'est aussi un peu de rève auquel on souscrit en lisant tout ça, je trouve que c'est plutôt sympa.
Finalement, ça procède un peu des mêmes mécanismes que ceux qui me font préférer la lecture du Gault & Millaut (en dépit de tous ses excès et de certains pêchés de mauvaise foi) à celle du très austère guide Michelin.
D'un autre côté, je suis drôlement admiratif de ceux d'entre nous qui sont capables de coucher sur le papier les caractéristiques essentielles d'un malt en 3 nosing et autant de gorgées, tout simplement par ce que pour ma part, côté dégustation, je suis à ranger dans le camp des besogneux absolument infichus de pondre quelque chose de convenable sur le vif : mes premières notes sont effroyablement neutres, si bien que j'ai le sentiment qu'elles pourraient être la plupart du temps interchangées sans que ça ne change rien à l'affaire. Pas commode quand on revient dessus par la suite !
C'est d'autant plus frustrant que pour ce qui est, par exemple, des whiskies que je qualifierais spontanément de "fruités", ce fruit peut prendre des expressions très diverses, mais sur lesquelles je ne sais mettre des termes plus précis qu'après plusieurs allers et retours (mais j'ose espérer que cette forme d'agilité intellecto-sensorielle vient avec l'expérience...). Grosse frustration, donc, de ressentir des choses, de vouloir les partager, et de ne pas en être capable sur le moment.
Après, les images se construisent de façon plus précises, surtout si je déguste 3 ou 4 singles en même temps : ça accentue les contrastes, et ça permet de hiérarchiser les intensités d'un sample à l'autre. En tout cas, chez moi, c'est comme ça que ça fonctionne le mieux. Et puis pour ce qui est du vocabulaire, comme je n'ai pas de référentiel précis, je me raccroche vaille que vaille à ce que je peux avec plus ou moins de bonheur. Des fois ça vient, des fois ça ne vient pas ; Quand on sent de la vanille, et qu'on prend des notes expresses, on va écrire "vanille" ; quand il y'a du crémeux avec, et qu'on a un peu plus de temps devant soi, comme pour ce lind, ça peut devenir une tablette de Galak ; c'est plus expressif ; un autre jour, on écrira plutôt "banane", mais finalement ces associations sont on ne peut plus naturelles, puisque chocolat blanc et bananes sont pleins de vaniline naturelle ou de synthèse.
Après, le "problème", c'est quand personne d'autre ne ressent ni vanille, ni banane, ni chocolat blanc sur le sample en question. Là, on se demande si on a des papilles normalement constituées. J'ai encore en tête l'épisode de ce Nadurra servi par Ade Van Zuylen dans lequel je voyais des tonnes de fruits exotiques et de douceur vanillée, et que la majorité a trouvé sec et austère...

Hooumphhh

... Heureusement que dans ces moments là, il y'a toujours un Alain pas loin pour expliquer que le goût est affaire personnelle, et que le bleu que je vois n'est pas le même que le bleu que tu vois (tu vois Alain, j'ai retenu la leçon :D !)