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Lieu de vieillissement du CAOL ILA
Publié : 08 juin 2007, 19:44
par Noblended
Bonsoir ;
En lisant le catalogue 2007 de LMDW et particulièrement la page consacrée à la distillerie de CAOL ILA une chose m'a interpellé.
En effet , je cite :" La quasi totalité de la production est acheminée par tanker et ferry sur le continent pour vieillir dans les chais du groupe Diageo..."
Alors certes la conception de ce whisky s'effectue bien dans la distillerie situé sur l'islay mais je trouve que cela est un peu trompeur que CAOL ILA est une appelation ISLAY SINGLE MALT puisque leur whisky vieillit sur le continent . :?
Qu'en pensez vous et savez vous si cette pratique de "délocaliser" le vieillisement des fûts est pratiquée par d'autres distilleries ?
Publié : 08 juin 2007, 20:11
par Serge
Je suis d'accord, il y a globalement un petit truc gênant dans le décor mais c'est le lot de très nombreux malts écossais, qui ne vieillissent pas à la distillerie.
Les gens d'Islay aiment à rappeler que si tous les Islay vieillissaient sur l'île, cette dernière ne serait qu'un entrepôt géant. Bon, c'est peut-être exagéré...
Cela dit Noblended, ne dis jamais à un Ecossais (ou un Anglais) qu'il est sur le continent...

C'est risqué !
Publié : 08 juin 2007, 21:09
par jmputz
C'est vrai que ca gêne un petit peu...
La notion de terroir... On a parlé souvent de ce phénomène ici. La classification par régions a-t-elle vraiment un sens?
Contrairement au vin, le malt ne prend pas le goût de la terre où il grandit. D'ailleurs bien malin est celui qui peut dire d'où vient l'orge qui sert à la distillation du whisky. A en croire la SWA, une énorme part provient d'Ecosse, ce à quoi d'autres professionnels directement impliqués dans la production rétorquent qu'il est probablement vrai que le malt provient d'Écosse (traduire: de malteries situées en Ecosse) ce qui ne donne toujours aucune indication quant à la provenance de l'orge elle-même... Il y a tout un article consacré à ce sujet sur le
blog.
Donc, déjà la matière première principale ne provient pas d'Islay. Bon, il est vrai que le malt est produit par la malterie Port Ellen, comme c'est contractuellement le cas pour toutes les distilleries de l'Ile. Du moins pour une partie de leur production. Bruichladdich par exemple achète une grande partie de son malt du côté d'Inverness (une fois que son quota de Port Ellen est atteint), parce que cette malterie lui donne l'assurance que l'orge de base est d'origine écossaise. Pas nécessairement d'Islay...
Reste évidemment l'eau qui n'est pas importée et l'endroit de distillation qui se trouve effectivement sur Islay.
Maintenant j'ai envie de dire (tout romantisme mis à part) que cela ne fait pour moi aucune différence de savoir que la production est mise en fûts directement à la distillerie et conservés sur Islay ou expédiée à un centre d'enfûtage (on dit comme ça?) ailleurs en Ecosse...
Et j'ai de plus en plus de mal à croire en l'influence du bon air d'Islay dans le goût final du whisky. Même si affectivement j'ai très envie d'y croire. Et si on me disait que la partie qui s'evapore des fûts était consommée par les anges qui volent dans les environs, j'aurais tendance à vouloir le croire...
Publié : 08 juin 2007, 22:12
par Serge
Hmm... Oui, comme tous les produits possédant une part de "romance" comme diraient les Anglais (on peut peut-être dire de "mystique") il vaut parfois mieux ne pas se poser trop de questions.
A l'extrême une distillerie peut très bien acheter non pas le malt, mais le grist (prêt à être mashé - ou brassé) puis expédier son mew make par camion citerne dès la distillation terminée. Certaines le font (pas de moulin, par de destoner etc.) Il ne reste, en effet, plus qu'une partie du processus qui s'effectue sur les lieux (brassage puis distillation, c'est tout) et l'on a vraiment un produit dont l'appellation (par ex Islay) ne concerne qu'un tout petit bout de la vie "pré-shelf" du produit.
Cela dit, au sujet de l'orge, j'ai eu le plaisir sur Islay de faire une vraie dégust de new makes de Bruichladdich réalisés à partir d'orges provenant de fermes différentes, de variétés d'orge différentes (optic, chalice, bere etc.) et même de bio/non bio. J'avoue que les différences étaient vraiment énormes, exactement comme si vous comparez une syrah vs un cabernet vs un pinot noir. Et je n'exagère pas...
En bref, il n'est pas impossible que l'affirmation "toutes les orges se valent en distillation" soit vraie surtout parce que... Tout le monde utilise les mêmes.
Publié : 08 juin 2007, 22:25
par ttn
Cette année Bruichladdich a utilisé 6 variétés (optic, chalice, golden promise, bere, oxbridge et troon; enfin si j'ai bien compris

) d'orges dont 30 % provenait de culture organique.
Je n'ai pas eu l'occasion de comparer les new make élaboré a partir de ces différentes variétés.
Publié : 09 juin 2007, 09:18
par Serge
Oui, en fait, ce que nous avons "expérimenté" en dégust dans leur lab c'est :
- des variétés d'orge différentes distillées de la même façon. Résultats très différents, avec la Bere Barley dans une classe à part.
- la même orge de la même ferme (par exemple Dunlossit sur Islay) mais de millésimes différents. Différence relativemement marquée.
- la même orge du même millésime mais de fermes différentes (Coulabaird, Coulamore, Dunlossit, Rockside...). Différences marquées.
Bien sûr, le message de Bruichladdich est que globalement "le whisky c'est comme le vin - je schématise - si on le traite comme du vin". A vrai dire, je ne sais pas si la maturation gommera les différences évoquées ci-dessus (ou les accentuera ?) mais les big players crient au loup, bien sûr, puisque leurs procédés de fabrication comprennent en général une seule orge, aux provenances parfois variées mais mélangées, idem pour les millésimes.
Bref, chacun justifie ses choix économiques et stratégiques avec vigueur mais peut-être pourra-t-on un jour tourner un Whiskovino en Ecosse (pour ceux qui ont vu le film Mondovino).
Publié : 09 juin 2007, 09:29
par amor57
Ce qui montre bien que lorsqu'on passe au stade industriel on uniformise la qualité des matières premières et des produits. Rares doivent être les distilleries qui en sont "encore" à choisir leur orge, leur malt et leur tourbe éventuelle pour sortir un new make correspondant à leurs attentes.
L'avantage de l'artisanat c'est qu'on peut produire de l'exceptionnel (comme du pire).
Quelles sont les distilleries qui en sont encore à l'artisanat ? Bladnoch ? Edradour ?
Re: CAOL ILA
Publié : 09 juin 2007, 13:15
par chrismetz
Noblended a écrit :Bonsoir ;
En effet , je cite :" La quasi totalité de la production est acheminée par tanker et ferry sur le continent pour vieillir dans les chais du groupe Diageo..."
On sait qu'une bonne partie de la production de Caol Ila est destinée à l'assemblage (il y a même du CI non tourbé dans cette optique).
Est-il abusif de penser que la part de la production qui part sur le mainland est justement celle destinée à l'assemblage ?
De toute façon, à titre perso je ne suis pas assez expert pour vouloir savoir si mon whisky a vieilli dans les chais de la distillerie ou ailleurs sur le mainland.
Et pour être franc, je m'en fout un peu. Et j'adore Caol Ila...
edit : il manquait un mot
Publié : 09 juin 2007, 15:56
par bottler
amor57 a écrit :Ce qui montre bien que lorsqu'on passe au stade industriel on uniformise la qualité des matières premières et des produits. Rares doivent être les distilleries qui en sont "encore" à choisir leur orge, leur malt et leur tourbe éventuelle pour sortir un new make correspondant à leurs attentes.
L'avantage de l'artisanat c'est qu'on peut produire de l'exceptionnel (comme du pire).
Quelles sont les distilleries qui en sont encore à l'artisanat ? Bladnoch ? Edradour ?
Mais si, mais si : on choisit son orge, mais pas pour le gout. On le choisit pour qu'il ait le meilleur rendement en sucre, donc en alcool. Cela tombe sous le sens, quand on le sait...
Amor57, tu es un incorrigible poête...
Publié : 09 juin 2007, 17:38
par Jean-Michel
Je me suis laissé dire que pour les bières, les orges maritimes à deux rangs avaient les faveurs des brasseurs. Pourtant, sur un épi à 2 rangs, il doit y avoir moins de grains que sur les épis à 6 rangs cultivés en Europe centrale...
Les critères de sélection sont-ils les mêmes pour la distillation que pour le brassage ? Pas impossible : pour l'élevage de canards, on distingue bien les canards "à viande" et les canards "à foie" !
Publié : 09 juin 2007, 17:56
par bottler
Ce qui compte, c'est sans doute la teneur en gluten ou en amidon ou en substances convertible en sucre fermentescible par kilo à brasser, non le rendement à l'hectare. Le nombre de grains par épi ne joue pas, a priori, pour ce critère.
Publié : 09 juin 2007, 20:14
par Smokey-Kong
Là il y a un grand débat qui commence, même pour les blasés du forum, il faudrait que tout le monde y prête attention malgé le titre banal "Caol Ila" !
JM ne peux-tu faire qque chose pour attirer l'attention ici ?
Publié : 09 juin 2007, 21:06
par jmputz
JM ne peux-tu faire qque chose pour attirer l'attention ici ?
Tu as raison. Cela fait un petit bout de temps que je trouve aussi que nous sommes au début d'un nouveau grand débat idéologique. Et je commence à comprendre le camarade Lénine qui à un autre moment historique probablement comparable à celui que nous vivons ici n'a pas trouvé de meilleur titre pour son best-seller que "Que faire"?
Toutes suggestions bienvenues (par mp de préférence) en tenant compte du fait que je risque d'être éloigné du forum pour quelques jours.
Mais que les forces des ténèbres ne s'en fassent pas une joie, notre armée d'archanges exterminateurs de spam montent la garde...
Bon, je suppose que tout le monde aura compris que ce soir je suis un peu à court d'imagination...
Publié : 10 juin 2007, 11:46
par Noblended
Smokey-Kong a écrit : il faudrait que tout le monde y prête attention malgé le titre banal "Caol Ila" !
Titre changé.
Si vous avez mieux faites m'en part. 8)
Publié : 14 juin 2007, 18:00
par Régis
Bonjour,
Serge pose une question: les différences vont-elles s'accentuer ou au contraire se fondre ?
je vous rassure, je n'ai pas la réponse, mais une annecdote avec du vin:
Il y a une quinzaine d'années, je goûte une dizaine de demi-muis du même vin. Ces tonneaux, vieux d'une cinquantaine d'années donnent tous des subtilités différentes, avec trois "traits" principaux, il s'agissait de trois bois différents; chêne, chataignier et accacia. Je prélève un échantillon de chaque, me disant que j'allais bien pièger un ou deux sommeliers de mes amis.
Trois ou quatre jours après, les différences n'étaient plus perceptibles !
Etrange, déroutant mais diablement fascinant !
Régis