Deux samples d'assez haut pédigree hier, très beau moment passé !
En partie motivé par le comparse Greg qui s'y est essayé récemment je décide de commencer moi aussi par le
Teaninich 1983 32yo Adelphi for Paul Ullrich, #6753, 51,8%
https://www.whiskybase.com/whiskies/whi ... ch-1983-ad
Grosse réputation en effet et peut-être que moi aussi j'en attendais un peu trop.
Le nez est pour moi le point faible, il restera assez fermé tout du long, un peu trop timide que pour en faire un vrai grand. En cherchant bien on a un combo sympa entre notes empyreumatiques style tarmac, pneu cramé, charbon (mais sans pour autant être franchement tourbé) et un peu de mangue bien mûre. Sympa, assez old school dans l'idée, intégré, mais pas assez expressif à mon goût. Un peu de noix de cajou, un côté musc/sueur assez chouette.
Par contre la bouche nous amène direct à un autre niveau. Très belle entrée en douceur et joli crescendo ensuite, très beau profil cireux "crade" qui fait directement penser aux grands Craigellachie par exemple (notes très old school de pastel fondu, huile de moteur ...), tout ça se mêle à un joli floral (fleurs un peu savonneuses "à la grand mère"), mangue, plâtre et autres notes industrielles qui restent dans ce profil cohérent qui rappelle en effet Craigellachie ou Springbank (note typique de linoléum en commun), poivre blanc ...
Et c'est là-dessus que se prolonge la finale, elle aussi très belle, autant en profil qu'en longueur, on a ici la même finale qu'un très grand Sancerre, sur le poivre blanc, la menthe fraiche, le calcaire, un côté effectivement Sauvignon fin ... très très joli et rafraichissant.
Si le nez était au niveau du reste on pourrait aller loin, mais en l'état on reste à
90 (-91).
On enchaine ensuite sur nul autre que
BenRiach 1979 32yo OB for Asta Morris, #8507, 47,3%
https://www.whiskybase.com/whiskies/whi ... riach-1979
Et là c'est magique ! Ça faisait un bout de temps que je n'avais plus passé un moment enchanteur comme ça avec un dram.
En gros : si vous aimez les beaux Pessac-Léognan blancs, vous devez essayer de goûter ça à un moment de votre vie !
Le nez fait direct penser en effet à un beau Pessac blanc à maturité : aneth, ananas, menthe fraiche, pomme au four, violette, chèvrefeuille, chocolat blanc, poire, ... tout ça est magnifiquement fondu et lié par le temps et le bois, sans que ce dernier ne soit décelable pour lui-même cependant. Superbe évolution sur du plus végétal et floral par la suite, vétiver et fleur de cerisier donnent un profil merveilleusement printannier qui n'est pas sans rappeller certains Littlemill ... et puis on revient plus tard sur du plus pompeux, pivoine, violette encore, pèche ... super !
Et alors en bouche c'est encore autre chose, nom de **** que c'est bon ! Le degré d'alcool est parfait, c'est doux et huileux à l'entrée mais le cresendo de puissance ensuite est superbe, aromatiquement on est d'abord sur le pamplemousse et l'aneth, on reste là-dessus pendant un bon petit moment mais en le gardant en bouche vraiment longtemps ça devient INCROYABLE, violettes confites (bonbons Gicopa) à fond de balle, jamais eu aussi fort cette note dans un whisky, avec pleins de thés merveilleusement aromatiques (Earl Grey du plus grand raffinement, fleur d'oranger ...) mais pas du tout d'excès de boisé pour autant, sureau, rose fanée, pèche blanche, ... on arrive au stade où c'est des whiskies qui font vibrer une corde sensible, on est incrédule, le truc en bouche, en train de penser "comment ça peut être aussi bon ?!".
La finale est dans la même veine, merveilleuse aussi, violette toujours, tarte tatin, aneth, menthe blanche (pastille Vichy), chèvrefeuille, jasmin, une myriade de thés tous plus raffinés les uns que les autres ...
Grand moment ! Ce n'est certainement pas le BenRiach des 70's avec le fruité le plus opulent/sucré/lascif, mais le raffinement et la cohérence du profil complet, et cette démonstration de ce que peut être la floralité dans le whisky, c'est exceptionnel. (92-)
93