On casse la diète maltesque du mois dernier encore un peu plus ...
Cet après-midi j'étais sensé aller au CHU pour un peu bosser sur ma thèse. Mon promoteur étant finalement inopinément absent, je me retrouve en plein Bruxelles sans n'avoir rien à faire ... du coup je rends visite à un caviste du coin que je connais un peu, notamment pour faire déguster gratuitement un nombre assez impressionnant de whisky (et de rhum, auxquels je n'ai pas touché). Surtout les gammes dont il est importateur phare : en whisky c'est Cooper's Choice, First Edition et Murray McDavid principalement. En rhum c'est surtout Kill Devil et Samaroli (ce sera pour une prochaine fois, c'est à dire quand je m'intéresserai au rhum). Au menu de ce midi ...
Glen Esk 1984 31yo CC #5282
https://www.whiskybase.com/whiskies/whi ... sk-1984-cc
Au nez c'est l'apéritif parfait : un profil excellent qui fait à fond penser à un Lowlands, comme un Bladnoch pas trop herbal mais à fond les manettes sur le citron, la pomme verte fraiche, le melon, un soupçon d'acétone et quelques fleurs ... un nez enchanteur, et typiquement estival. Je n'aurais pas su dire que c'était un 31yo par contre. En bouche malheureusement, on sait déjà un peu plus le deviner, et pas pour les bonnes raisons : on perd la fraicheur juteuse et citrique pour se retrouver avec beaucoup d'astringence boisée qui rend l'expérience beaucoup moins plaisante. Orange amère et fougère peinent à se frayer un chemin. La finale rattrape un peu le coup mais sans plus, sur les agrumes amers, et un cortège de notes végétales. Si seulement le reste avait été à la hauteur du nez !! 91-84-87 =
87/100 au total.
Ensuite un
quatuor comparatif d'Highland Park 95
https://www.whiskybase.com/whiskies/whi ... rk-1995-cc
https://www.whiskybase.com/whiskies/whi ... rk-1995-cc
https://www.whiskybase.com/whiskies/whi ... rk-1995-cc
https://www.whiskybase.com/whiskies/whi ... rk-1995-ed
Le
20yo CC Madeira 46% passe le premier. Le nez est relativement sympa même si, derrière le vin qui apporte quelques pommes et noix fraiches, on retrouve un coté caoutchouteux voire limite soufré qui entache un peu l'affaire. La bouche en revanche, ben j'ai pas trop compris. Vachement plate, tout juste une astringence boisée mais alors à coté ... pas grand chose. Légèrement terreux, avec un très léger fruité amer, mais encore, c'est si je me concentre fort. La finale n'apporte guère plus. On dirait que je n'ai pas saisi son discours (s'il y en a un), mais ce n'est pas mauvais pour autant, et c'est pas un "winesky". Assez décevant et plat somme toute.
82
Le
20yo CC Sherry 46% ensuite. Légèrement mieux, plus "vrai", on retrouve des marqueurs HP de façon un peu plus fraiche et vivace, notamment pas mal de terre sèche, un peu de cuir, de minéralité. A nouveau cependant la bouche propose majoritairement une fine astringence boisée mais pas grand chose d'autre, pourtant je jure que mon palais est en forme aujourd'hui. Un fin coté terreux à nouveau, un peu de cuir. Le sherry est anecdotique. Finale dans la même veine. A peine mieux que le précédent mais un peu plus causant tout de même.
83.
Le
21yo CC Sherry 49,5% CS semble montrer que, contre toute attente, une année supplémentaire, trois degrés de plus et un fût de sherry probablement plus actif peuvent faire une différence très nette. Le nez est beaucoup plus causant, avec des noisettes, du cacao, un duo terre-cuir assez net qui s'approfondit sur les dates et un énorme coté cassonade / tarte au sucre qui s'installe avec le temps et propose une grande gourmandise. La bouche offre le contre-pied à cette impression : elle est plus austère mais riche à nouveau cependant. Noix et noisettes, fruits secs, sherry, terre fumée et café au lait. La finale est plus longue qu'à l'accoutumée, et cohérente avec le reste. Allez, enfin un petit winner.
87
Le
17yo ED Bourbon 53,9% enfin. Le caviste m'en dit beaucoup de bien. En effet, l'expérience proposée est toute autre, comme on pouvait s'y attendre. Le nez est beaucoup plus proche du distillat de base et offre quelque chose de moins attendu que les 3 premiers : cirage, crème épaisse, "magasin de ski" (allez comprendre), et autres senteurs subtiles, légères et complexes, probablement quelque chose que Serge aimerait bien. Demande du temps (ce dont je n'abonde pas, hélas, l'heure tourne), pour voir apparaitre des notes toujours plus surprenantes, la tarte citron meringuée, l'Advocaat, la pâte à cake encore crue, et peut-être bien quelques fleurs. La bouche m'a moins convaincu et l'alcool aurait pu être mieux intégré. Mitigé in fine mais je suis sûr qu'avec davantage de temps il m'aurait plus convaincu ; et le nez était très intéressant.
85.
On sort ensuite d'Highland Park. Avant d'entamer tout ça on parlait un peu
Bowmore, et à ce propos il me dit qu'il a quelque chose à me faire découvrir qui risque de m'étonner. C'est ceci
https://www.whiskybase.com/whiskies/whi ... nn-1989-mm
Ce qu'il faut en savoir c'est que c'est un Blended Malt de 90% de Bowmore et 10% de Laphroaig "Blended at Birth" (c'est donc un single cask blend de ce qu'il m'en a dit), initialement maturé en fût de Bourbon puis en fût de sherry.
Faudra que j'aille revoir mes notes exactes mais concrètement, j'adore. Attention, puristes s'abstenir. Si au nez ce n'est pas forcément ça qui frappe (fumée industrielle, goudron, olives noires à gogo, dates fumées, etc), en bouche par contre, impossible de s'y tromper : c'est bien un Bowmore ... des années 80. Sauf que j'ADORE, c'est méga-atypique, un des trucs les plus funky que j'ai jamais gouté, et certainement le plus floral. Floral oui, mais c'est finement intégré, pas du tout savonneux à mon sens, et ça se développe en côte-à-côte du fruité. Elle commence faible (44,9% et ça ne fait pas plus), mais monte rapidement sur une avalanche de sirop de violette, de loukoums à la rose, de yaourt à la framboise, toujours avec un fin back-ground fumé assez industriel (ce qui tranche agréablement avec le reste) mais beaucoup plus discret. Cuberdon, charbon. Toute en douceur, en intégration. Honnêtement je suis totalement charmé, non seulement c'est bon mais en plus c'est "marrant" et je suis certain de ne pas regouter un truc pareil avant longtemps. J'hésite sérieusement à m'en acheter une maintenant (le prix étant, pour un blended Islay Malt 27yo sherry, relativement correct). Je ne peux que vous encourager à l'essayer un jour, probablement "ça passe ou ça casse" comme malt mais c'est stupéfiant.
90, je ne peux pas donner moins à un truc qui me fait dire "mais qu'est-ce que c'est que ce machin ?" et "wow" en même temps.
Voilà pour la tartine, bon appétit
