Re: Face to face
Publié : 12 déc. 2010, 13:32
Je peux? Je peux?
J'avais déjà ronchonné, je crois, plus tôt dans l'année. Aujourd'hui encore, personne ne me sonne, mais je donne mon avis. C'est bien évidemment JBrice qui a raison sur le fond dans cette affaire, mais, pour ainsi dire, il l'a bien cherché. Le passage le plus hallucinant dans cette discussion fut toute la partie sur la note moyenne de nos deux Laphroaigs.
Or, il semblerait que, bien que nous énoncions régulièrement de sages gardes-fous, la vérité est que donner une note pour un whisky est à peu près dépourvu de sens. La solution tient dans cette phrase: "Ma femme n'aime pas les betteraves".
Car, c'est exactement cela le noeud du problème. On peut, sur son échelle subjective individuelle, poser une note sur un whisky. A la limite, on peut, grâce à ces notes, se faire une idée des goûts de chaque individu (bien que en général les barêmes soient très mal foutus et rendent toute tentative de classement un peu exhaustive illisible, hormis pour conclure de quelque tautologie du style "untel aime beaucoup les whiskys qu'il trouve très bons").
Maintenant, si pour un whisky donné on prend les notes de plusieurs individus, on peut faire de la statistique descriptive sur cette population. Pas de problème, c'est automatique, l'enfance de l'art. Mais, on passera à côté du fait, et c'est incontournable que ma femme n'aime pas les betteraves. En d'autre termes, la note subjective d'un amateur, aussi éclairé soit-il, ne peut pas être relié à la note du whisky. Parce qu'un whisky n'a pas de note. C'est aussi simple que ça.
Bien entendu, on peut affiner, on peut être très technique. Mais, au final, nous sommes toujours prisonniers de notre subjectivité. Et changer le barême, mettre des étoiles ou des croix à la place de chiffres, ou des nains de jardin ne changera rien. On ne peut pas tracer par notre subjectivité, et ce en lui accolant une mesure quelconque, une caractéristique du whisky qui n'existe pas. Nous sommes à nouveau confronté à nouveau à cette tautologie: notre subjectivité est une bonne mesure de notre subjectivité.
Tout ça servirait à bien peu si l'on n'essayait pas d'en tirer quelques conséquences.
La première est de chercher la portée réelle de ces notes. C'est facile, nous la connaissons tous. Elles font le marché. Peut être avec un faible impact à l'échelle du forum, mais cela devient parfois évident lorsque l'on considère d'autre médias. Quelqu'un n'avait-il pas il y a peu parlé de l'effet SV? Joli, et tellement vrai. Donc, elles agissent peu ou prou comme des commentaires d'agences de notations, elles aident à fixer la balance entre l'offre et la demande et même, parfois, les prix (surtout vrai pour les enchères).
L'autre conséquence est un problème plus subjectif à mon sens. J'ai l'impression que le domaine du whisky n'offre pas au langage la part qu'il devrait avoir. Découlant de cet effet boursier, nous nous contentons souvent de jauger à quelle vitesse disparaîtra cette bouteille, connaissant ses notes et son prix. Puis nous achetons. Et lorsqu'un désaccord apparaît, nous défendons tel ou tel whisky en arguant d'une moyenne, même dénuée de sens, plutôt qu'en faisant appel aux mots. Bref, nous vivons le whisky en technocrates, certainement pas en poètes.
J'avais déjà ronchonné, je crois, plus tôt dans l'année. Aujourd'hui encore, personne ne me sonne, mais je donne mon avis. C'est bien évidemment JBrice qui a raison sur le fond dans cette affaire, mais, pour ainsi dire, il l'a bien cherché. Le passage le plus hallucinant dans cette discussion fut toute la partie sur la note moyenne de nos deux Laphroaigs.
Or, il semblerait que, bien que nous énoncions régulièrement de sages gardes-fous, la vérité est que donner une note pour un whisky est à peu près dépourvu de sens. La solution tient dans cette phrase: "Ma femme n'aime pas les betteraves".
Car, c'est exactement cela le noeud du problème. On peut, sur son échelle subjective individuelle, poser une note sur un whisky. A la limite, on peut, grâce à ces notes, se faire une idée des goûts de chaque individu (bien que en général les barêmes soient très mal foutus et rendent toute tentative de classement un peu exhaustive illisible, hormis pour conclure de quelque tautologie du style "untel aime beaucoup les whiskys qu'il trouve très bons").
Maintenant, si pour un whisky donné on prend les notes de plusieurs individus, on peut faire de la statistique descriptive sur cette population. Pas de problème, c'est automatique, l'enfance de l'art. Mais, on passera à côté du fait, et c'est incontournable que ma femme n'aime pas les betteraves. En d'autre termes, la note subjective d'un amateur, aussi éclairé soit-il, ne peut pas être relié à la note du whisky. Parce qu'un whisky n'a pas de note. C'est aussi simple que ça.
Bien entendu, on peut affiner, on peut être très technique. Mais, au final, nous sommes toujours prisonniers de notre subjectivité. Et changer le barême, mettre des étoiles ou des croix à la place de chiffres, ou des nains de jardin ne changera rien. On ne peut pas tracer par notre subjectivité, et ce en lui accolant une mesure quelconque, une caractéristique du whisky qui n'existe pas. Nous sommes à nouveau confronté à nouveau à cette tautologie: notre subjectivité est une bonne mesure de notre subjectivité.
Tout ça servirait à bien peu si l'on n'essayait pas d'en tirer quelques conséquences.
La première est de chercher la portée réelle de ces notes. C'est facile, nous la connaissons tous. Elles font le marché. Peut être avec un faible impact à l'échelle du forum, mais cela devient parfois évident lorsque l'on considère d'autre médias. Quelqu'un n'avait-il pas il y a peu parlé de l'effet SV? Joli, et tellement vrai. Donc, elles agissent peu ou prou comme des commentaires d'agences de notations, elles aident à fixer la balance entre l'offre et la demande et même, parfois, les prix (surtout vrai pour les enchères).
L'autre conséquence est un problème plus subjectif à mon sens. J'ai l'impression que le domaine du whisky n'offre pas au langage la part qu'il devrait avoir. Découlant de cet effet boursier, nous nous contentons souvent de jauger à quelle vitesse disparaîtra cette bouteille, connaissant ses notes et son prix. Puis nous achetons. Et lorsqu'un désaccord apparaît, nous défendons tel ou tel whisky en arguant d'une moyenne, même dénuée de sens, plutôt qu'en faisant appel aux mots. Bref, nous vivons le whisky en technocrates, certainement pas en poètes.