Deux dernières dégustations comme d'habitude extrêmement sympathiques en bonne
compagnie et organisées par notre inénarrable monstre
des mers.
Deux séries de cinq drams triés sur le volets, avec une grande diversité de profils proposés, le tout à l'aveugle bien évidemment : c'est l'heure de se ridiculiser !
5.1 Une touche initiale d'alcool au nez laisse rapidement place à un joli fruité fondu, difficilement définissable mais très réconfortant, avec de légers côtés exotiques ou confits. On reste sur un profil feel good avec le cake quatre-quarts qui arrive. L'entrée en bouche est superbe, quel toucher, quelle texture ! C'est crémeux à souhait, on n'a ni alcool ni boisé, et aromatiquement on reste sur du très simple mais très bon : un peu de mangue, un peu de quatre quarts, de crème anglaise, un peu d'épices typées bourbon quand même : curry, gingembre. Simple pleasures, très bon starter. Je tente un ancien Glen Grant (dist. 80's) vers 18 ans, vers 49%. Le reveal d'un dram à 40% me surprend grandement, on a beaucoup plus de présence que ça ! Clairement les dilutions d'antan ne sont plus celles d'aujourd'hui, quel était leur secret ?
88
Coleburn 1965 GM
https://www.whiskybase.com/whiskies/whisky/8732/1965-gm
5.2 Le premier nez est à fond sur le new make de type très fruité avec rapidement un côté jeune Irish qui saute au nez, sur la banane Haribo, la poire, le yaourt type Oikos, la madeleine. Vraiment ça fait jeune Irish à en mettre sa main à couper. La bouche est une petite douceur, ça se boit comme du petit lait, ça fait moins new make qu'au nez, on est entre le Limoncello et le Baileys, sans que ça ressemble au mix improbable
des deux. Un côté légèrement farineux/sucre glace apparait ensuite. Peu complexe mais très cohérent et indubitablement agréable, un crowd-pleaser dans ce style. Je reste sur un jeune Irlandais. Content du reveal, voilà une "coche" en plus à mon actif pour une de mes distilleries favorites, qui propose ici une de ses versions les plus "évidemment" fruitées (limoncello).
87
Bladnoch 10yo Flora & Fauna
https://www.whiskybase.com/whiskies/whi ... 0-year-old
5.3 On change totalement de registre, ça part dans tous les sens et sur
des terrains plus atypiques, moins facilement lisibles du premier abord. Poulet à l'indienne, cumin, spéculoos, poire, soufre, éther, purin ... je vous avais prévenu, on ne sait où donner de la tête. C'est complexe, très atypique, et dégage un sentiment assez "roots", sans compromis. La puissance alcoolique est clairement supérieure aux deux autres. La bouche propose en effet un joli crescendo en puissance maitrisée, sur l'huile d'amande amère puis rapidement les agrumes, le pomelo, la bergamote, la terre aride, le gingembre (ginger beer même), les épices douces. Finit très malté puis arrières-goûts multiples, longs et à nouveau complexes sur le champignon cru, la croûte de Munster, bref ça n'en finit pas de proposer de multiples chemins. Il faut néanmoins admettre que le tout manque sans doute de cohérence pour l'instant, mais le potentiel de complexité est manifeste. Très curieux de voir ce que ça donnera plus tard, car on est tous d'accord pour dire que c'est jeune. J'ai bien du mal à deviner. Je note éventuellement un très bon Bunnahabhain entre deux âges, peu influencé par son fût, sans trop y croire. Quand notre hôte nous donne l'indice que c'est triple distillé, je n'hésite pas à rapidement proposer Hazelburn, qui me semble être la seule piste parmi ceux-là pour proposer un tel profil. Ça fait mouche.
88
Hazelburn DPS 2008/2018 Warehouse 15 rotation 4, Bourbon wood, 59.9%
5.4 On change à nouveau de registre, cette fois-ci on part directement sur l'oignon jeune, la ciboulette, c'est herbacé, vif, printannier et assez "culinaire". Un rien de citron vert, la discrétion se défile très lentement pour aller sur l'eau de cologne, le vétiver, le concombre, c'est bien agréable. Entrée assez soft puis beau crescendo de puissance, sur une belle fraicheur maltée et herbeuse mais sans grande définition supplémentaire pour moi. Incapable de deviner plus que cela, je pense à un jeune Lowlander vers 55%.
86-87
Glen Scotia b1988 12yo 54% AG&C
https://www.whiskybase.com/whiskies/whi ... ar-old-agc
5.5 Et là on finit sur le clou du spectacle, dès le premier coup de nez on sait qu'on a notre maitre de cérémonie. Premier mot sur la feuille : Splendide. On est sur la cire pommadée, la vieille église, l'encens, quelques touches industrielles terriblement complexes et crapuleuses, le fruit exotique surmûri (durian), l'ail confit, l'huile de moteur, la purée de fruits exotiques encore, mangue trop mûre, cherimoya, purin, vieilles pièces de monnaie frottées, cannelle, baume du tigre, bon allez je vais arrêter, non allez encore un peu, camphre, fraise
des bois, tamales peruanos, paraffine chaude, rose, allez maintenant stop.
Des nez comme ça, on n'en fait plus. A ce stade on tutoie les sommets, et je pronostique un Longmorn 1972 après avoir noté qu'il existait
des ressemblances (mais également
des différences) avec le Strathisla 1965 Bicentenary récemment dégusté en similaire
compagnie. La bouche met un gros uppercut, la charge alcoolique à l'entrée est massive, sans compromis, ça vous chope par le col. Il faut faire face et rester digne pour ensuite découvrir une très belle restitution de l'aromatique initiale avec le camphre, l'huile de moteur, la fraise, la touche de rose, la texture se fait de plus en plus glycérinée et passé l'orage de l'alcool on prend vraiment son pied. La finale est longuissime, quand même boisée à ce stade (mais dans les limites de l'acceptable pour moi), sur le camphre et l'Earl Grey. Je reste donc sur un Longmorn 1972 vers 60% en ayant souhaité une intégration alcoolique légèrement meilleure et une touche de bois en moins dans la finale pour être totalement au septième ciel. Très grand dram néanmoins, fortement sous-côté sur WB (comme la majorité
des drams d'aujourd'hui).
92
Strathisla 1972 24yo GM 62.6%
https://www.whiskybase.com/whiskies/whi ... 96/1972-gm