L'activité industrielle
prit un énorme essor au cours des années 1780. En particulier
l'industrie textile avait pris une grande importance. Entre autres
grandes usines qui furent créées à cette épopue
figure l'usine de coton de Deanston qui
allait rester en activité jusqu'en 1960 avant d'être
transformée en distillerie quelques années plus tard.
Cet essor de l'industrie textile entraina d'importants développements
dans d'autes secteurs d'activité comme la sidérurgie
(il fallait contruire les machines) et les mines de charbon (nécessaire à la
sidérurgie).
L'industrie du whisky était également fortement développée
surtout dans les Lowlands (voir histoire avant
1787), mais était en passe de perdre la guerre des prix contre les
producteurs anglais de gin.
Un coup fatal fut porté à cette industrie par une loi votée à l'instigation
des producteurs travaillant pour le marché anglais. Cette loi, nommée
Lowland Licence Act stipulait que les distilleries des Lowlands devaient donner
un préavis de 12 mois avant de pouvoir exporter leurs produits à destination
de l'Angleterre. Ceci revenait dans les faits tout simplement à empecher
les distilleries des Lowlands de produire leur whisky durant un an, avec toutes
les conséquences catastrophiques que cela implique.
Mais les mesures prises à l'encontre des distilleries écossaises ne se limitèrent
pas à cette loi. De nouvelles contraintes leur furent imposées. Ainsi la capacité
minimale des alambics de première distillation (wash still) était portée à 1000
litres et celle des spirit stills (seconde distillation) à 200.
Les taxes d'importation de l'alcool à destination de l'Angleterre furent également
augmentées.
Les conséquences de toutes ces mesures sur l'économie écossaises touchèrent non
seulement les distilleries, mais également l'agriculture qui s'était récemment
reconvertie, de façon à pouvoir assurer une production suffisante d'orge pour
les distileries. De plus, l'élevage était ainsi privé d'une des sources d'alimentation
du bétail.
Les premiers à pâtir de
ces nouvelles mesures furent Sandeman & Graham, les agents
londonniens de la grande distillerie Kilbagie appartenant à James
Stein. Les cinq distilleries les plus importantes de l'époque,
Kennetpans, Kincaple, Hattonburn, Lochrin et Canonmills (toutes
plus ou moins apparentées
aux familles Stein ou Haig) qui produisaient plus de 50% du whisky
des Lowlands firent faillite. Leurs dettes cumulées s'élevaient à 700.000 £ de
l'époque (correspondant environ à 20.000.000£ actuels),
et eurent des conséquences sur les banques écossaises
créditrices.
Les 5 plus grandes distilleries entrainèrent d'autres faillites
dans leur sillage, comme par exemple Underwood à Falkirk,
Anderston
à Glasgow, Cunningham Park à Ayr, Ailnamuir, Ferintosh
et Doghillock.
Mais
ces temps difficiles n'éliminèrent pas les familes Stein et Haig
du monde du whisky. Leurs créditeurs, conscients du fait que les
difficultés étaient dues à des modifications de la loi et non à
des fautes de gestion, acceptèrent d'aider les Stein et les Haig
refaire surface. D'abord, les deux familles cessèrent leurs exportations
à destination de l'Angleterre, et se concentrèrent sur les marchés
écossais.
Une des conséquences de cette nouvelle politique économique
des deux familles fut d'inonder le marché écossais
de whisky bon marché
et de qualité inférieure.
De nouvelles taxes sur le whisky destinées à financer la guerre
contre la France révolutionnaire eurent une fois de plus comme
conséquence une nette diminution de la qualité. Pour contrebalancer
l'effet du triplement des taxes sur la capacité des alambics, les
grandes distilleries décidèrent de produire plus vite (au détriment
évidemment de la qualité), et les alambics pouvaient produire leur
alcool jusqu'à 25 fois par jour au lieu des 1 ou deux fois
traditionnelles.
Mais cette production massive nécessita des investissements, permettant
entre autres de préchauffer le wash. D'énormes alambics, capables
de produire en masse furent installés.
Ce whisky bon marché envahissant l'Ecosse eut comme conséquence
une énorme recrudescence de la consommation d'alcool dans
le pays.
Les taxes ne cessèrent d'augmenter afin de financer l'effort de
guerre de contre la France et l'Espagne, et les procédés de production
d'évoluer jusqu'à la fin du 18ème siècle, avec pour conséquence
une constante dégradation de la qualité du whisky. Les alambics
à cette époque étaient chargés jusqu'à 90
fois par jour dans les Lowlands, qui assuraient 90% de la production
nationale.
La
situation des distilleries des Highlands était radicalement différente de celles
des Lowlands. Les distilleries dans les Highlands n'étaient
pas des établissements industriels comme c'était le
cas au Sud de l'Ecosse.
Les distilleries étaient généralement la propriété de
fermiers (souvent réunis en coopérative), et la production était
nettement moins massive. Les Highlands produisaient moins de 10% du whisky, mais
par contre ils n'avaient pas fait de concessions sur la qualité. Les whiskies
produits dans cette région étaient nettement meilleurs, mais aussi
beaucoup plus chers que ceux des Lowlands.
La distillation était toujours une activité d'appoint, et personne
n'était entièrement dépendant de la production de whisky
pour sa survie. En général la tourbe locale était utilisée
pour chauffer les alambics. Les réserves de tourbe n'étant pas
inépuisables, de nombreuses voix s'élevèrent pour encourager
les distilleries à importer du charbon des Lowlands.
Ceci n'a cependant pas empeché bon nombre de distilleries à cesser
leur activité, à cause du renforcement des lois sur la distillation.
L'augmentation des taxes était également à l'ordre du jour
dans les Highlands, et a poussé pas mal de distilleries légales à fermer
leurs portes. Une forte demande de whisky de qualité de la part des Lowlands
a encouragé une forte recrudescence de la distillation clandestine et
de la contrebande.
De prestigieuses distilleries comme Ardbeg (appartenant à Alexander
Stewart) et Craigentinny à Edimbourg firent faillite.
Les distilleries de Campbeltown (qui furent officiellement exclues des Highlands
en 1795) connurent le même sort. Cette époque marqua également
une renaissance de la contrebande et de la distillation clandestine dans la vallée
de la Spey.
La distillation clandestine et la contrebande étaient devenus partie intégrante
des traditons dans cette partie du pays, et restait totalement impunie du fait
de la complicité des autorités locales.
Des
récoltes catastrophiques durant les premières années du 19ème siècle
ont conduit le gouvernement à interdire la distillation afin de
réserver le blé à la production de pain. De meme, les guerre napoléoniennes
qui faisaient rage sur le continent empêchaient l'approvisionnement
en orge européen. Ces difficultés d'approvisionnement s'appliquaient
également au Cognac. Ainsi de nombreux notables se virent contraints
de changer leurs habitudes, et se mirent à boire du whisky. Les
augmentations successives des taxes qui allaient se produire dans
les premières années du 19ème siècle eurent des conséquences limitées
sur la consommation locale.
La consommation allait reprendre, et les grandes distilleries des
Lowlands connurent une nouvelle ère de prospérité. Les marchés anglais
s'ouvrirent à nouveau, mais uniquement pour les gros producteurs,
étant donné que la législation obligeait les candidats à l'exportation
à utiliser des alambics d'un minimum de 15.000 litres.
Mais cette embellie ne profita pas aux distilleries
des Highlands qui restaient confrontées aux problèmes de distillation illicite.
La famine continuait de ravager le Nord de l'Ecosse, et les propriétaires
terriens se joignirent (timidement) aux autorités pour lutter contre
la distillation illégale , arguant du fait que le grain était trop
nécessaire pour la survie des populations pour se permettre de l'utiliser
à la fabrication illégale de whisky. Ceci n'empêchait pas les mêmes
propriétaires à percevoir bien souvent leur loyer sous
forme de whisky...
Les responsables gouvernementaux finirent par comprendre que la seule façon de lutter efficacement contre la distillation clandestine était une certaine libéralisation des lois et une diminution sensible des taxes. Ainsi, en 1816 les taxes sur le whisky furent divisées par 3 et l'usage d'alambics plus petits (minimum 200 litres) fut autorisé à nouveau. L'effet ne se fit pas attendre. Le nombre de distilleries légales passa de 12 à 39 en 1817 et à 57 en 1819 dans les Highlands, et de 24 à 68 dans les Lowlands.
L'usage d'alambics plus petits permettaient d'utiliser d'autres techniques de distillation, avec bien souvent de meilleurs résultats. Les distilleries légales, disposant de plus grands alambics, eurent beaucoup de difficultés à produire un whisky dont la qualité pouvait rivaliser avec celui des clandestins.
Cependant la famine refit son apparition la même année, et avec elle la recrudescence de la distillation clandestine, à cause de la pénurie de grain. Et la lutte entre les agents des accises et les distillateurs clandestins reprit de plus belle.
La promulgation en 1823 de l'"Excise Act", diminunant une nouvelle fois les taxes et l'autorisation et la levée de l'obligation de donner un préavis de 12 mois pour toute exportation vers l'Angleterre sonna la fin du monopole des Stein et des Haig dans les Lowlands et de celui des clandestins dans les Highlands.
Des mesures d'encouragements permirent une généralisation de l'utilisation de malt au lieu du grain utilisé dans l'industrie des Lowlands et contribuèrent à l'amélioration générale du produit final. De nombreuses distilleries demandèrent leur légalisation à cette époque.
Les restrictions légales avaient pratiquement disparues, et l'essor de l'industrie du whisky est désormais sujet aux lois du marché.
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