Si la technique de la distillation est connue depuis l'Egypte ancienne pour la production de parfums, il semble que la technologie utilisée avant le XIème siècle ne permettait pas de produire de l'alcool à boire, dans la mesure où les systèmes de refroidissement à la sortie de l'alambic n'étaient pas au point, et ne permettaient pas de recueillir suffisamment de liquide.
Les premières productions de uisge beata semblent remonter au XVème siècle, dans des monastères. Le uisge beata était au moins autant utilisé à des fins thérapeutique que pour la consommation directe sous forme d'alcool (voir le poème de Hollingshead).
Les premiers progrès significatifs dans la technologie de la distillation remontent au XVIème siècle, quand le système de refroidissement par air fut remplacé par un système qui consiste à faire circuler le résultat de la distillation dans un tube plongé dans l'eau. Ce tube était d'abord placé au centre d'une cuve contenant de l'eau, et ensuite en biais, augmentant de la sorte la longueur et donc la surface de contact avec l'eau. C'est aux environs de la moitié du XVIIème siècle que ce tube prit la forme d'un serpentin.
Une autre amélioration introduite à cette époque était l'allongement du col de l'alambic et la modification de sa forme pour se rapprocher de la forme actuelle rappelant celle d'un oignon. L'effet de cette modification est qu'une plus grande partie des liquides évaporés retombent dans l'alambic, ce qui assure une meilleure élimination des impuretés.
Ces deux modifications eurent comme conséquence une nette amélioration de la qualité de l'alcool produit et correspondent aux débuts de l'expansion économique du whisky écossais.
Il fallut attendre un siècle supplémentaire pour voir arriver la première taxation sur la production de uisge beata. C'est en 1644 que la première loi sur les accises fut votée par le parlement Ecossais. La production avait déjà pris une telle ampleur à l'époque que lors des années à faible production de grain, il n'en restait pas suffisamment pour nourrir la population, la plus grande partie étant utilisée dans la distillation, officielle ou non. Cette première taxe était destinée à soutenir les efforts financiers exigés pour faire face aux dépenses de l'Armée Royaliste.
La distillation au cours du XVII ème siècle
se faisait à l'aide d'alambics de taille modeste, avec des capacités
de 100 à 250 litres, et la plupart du temps dans des maisons privées.
C'est à la fin du XVII ème siècle que des distilleries plus importantes
firent leur apparition.
Une des premières distilleries de ce type appartenait à Duncan Forbes
de Culladen. Il produisait de l'alcool sur son territoire de Ferintosh,
et le nom de son uisge beata allait devenir synonyme d'"alcool de qualité"
pour des décennies.Tout ceci se passait à une époque marquée par
la guerre entre l'Ecosse et l'Angleterre.
Un traité entre l'Ecosse et l'Angleterre signé en 1707 stipulait
que les taxes sur les alcools devaient être les mêmes des deux
cotés de la frontière. Une taxe sur le malt fut également introduite
en Ecosse en 1713. Cette taxe pré-existait en Angleterre, mais
ne faisait pas partie du traité signé entre les deux nations.
Aussi, l'introduction de cette taxe en Ecosse fut à l'origine
de violentes manifestations. La résidence de Daniel Campbell
de Showfield, parlementaire ayant voté cette taxe, fut dévastée
et 11 personnes de son entourage furent tuées. A titre de
compensation, la ville de Glasgow lui octroya une somme de 9000 Livres,
avec lesquelles il acquit l'Ile d'Islay.
Un des premiers effets de cette taxation sur
le malt fut une singulière diminution de la consommation de bière (également
produite à partir d'orge malté) au profit de celle de brandy (cognac)
et de d'alcools distillés à domicile.
Une autre conséquence fut l'introduction de grains non maltés à côté
du malt dans la fabrication de l'uisge
beata produit à cette époque,
avec l'inévitable modification au niveau de la qualité du produit fini.
Au titre de la lutte contre l'alcool qui faisait
des ravages à l'époque, l'Angleterre décida de
taxer fortement le gin produit sur son territoire, ainsi que le genièvre
hollandais. Le "Gin
Act" datant de1736 ne faisait aucune référence au uisge
beata écossais.
L'effet fut immédiat, et le résultat fut une énorme progression de
la production de uisge beata en Ecosse, passant d'environ 500.000 litres
en 1708 à 1.250.000 litres en 1736. Cependant, il ressort des documents
de l'époque que la plus grande partie de la production était consommée
sur place...
C'est à cette époque que le terme gaélique "uisge beata" pour désigner
l'eau-de-vie allait se corrompre et donner naissance au terme uisky
ou whisky.
Une nouvelle augmentation sensible de la production allait se produire
vers 1750, et ici encore, tout indique que l'augmentation de la consommation
restait absorbée par le marché local.
Il s'agit ici d'un clin d'oeil tragique de l'histoire.
Les distilleries pensant augmenter leurs exportations en profitant
d'un oubli dans une loi en Angleterre ont simplement fortement contribué
à une progression inquiétante de l'alcoolisme sur le territoire écossais.
La création de nombreuses distilleries date de cette époque. Ainsi,
la distillerie Dolls (qui fut plus tard rebaptisée en Glenochil) a
été crée en 1746 et Gilcomstan à Aberdeen en 1751.
Des récoltes catastrophiques en 1756
ont obligé
de gouvernement à interdire la distillation sur tout le territoire.
La production de whisky légal a chuté de 90% en quelques
mois. Cela n'a évidemment pas empêché la distillation
dans les foyers, qui était
légale à l'époque à condition que la production
soit uniquement destinée
à la consommation propre, à l'exclusion de toute vente.
La récente distillerie Gilcomston fut obligée de se reconvertir en
brasserie dès 1763. Les temps étaient durs pour les distilleries légales.
La quasi-interdiction de produire de l'alcool
dans les distilleries a évidemment fortement encouragé les
producteurs particuliers à vendre leur whisky, entrant par là dans
l'illégalité.
La production "privée" prit vers 1760 de telles proportions qu'elle
était devenue environ 10 fois supérieure à la production officielle
(retombée sous les 200.000 litres par an). Au total cependant, il y
avait peu de différence avec la production d'avant l'interdiction.
Seulement, l'ère de la production illégale et clandestine était née.
Pour
des raisons restées assez obscures, 1777 connut une recrudescence
de la production officielle de whisky, passant de 350.000 litres à 950.000
litres en 1779. Un des éléments est que les nouvelles
distilleries ont continué à produire de l'alcool
bon marché fait en grande partie à partir de grains
non maltés, pour contrecarrer la part grandissante prise
par la distillation "privée".
Des mesures protectionnistes ont également été prises à l'époque à l'encontre
des alcools étrangers (cognac et vin) pour protéger l'agriculture
locale..
C'est à la même époque que le gouvernement décida
d'interdire purement et simplement toute production privée d'alcool, en
autorisant les agents des accises à saisir ou détruire tous les
alambics privés sur le territoire écossais. Ce fut le début
de la guerre contre la distillation désormais devenue illégale.
Ces mesures avaient été précédées deux ans
auparavant par une restriction sévère de la taille autorisée
pour les alambics "privés" qui ne pouvaient désormais
plus dépasser la capacité de production de 10 litres (contre 50
auparavant).
Une des raisons majeures pour le gouvernement pour décider de l'interdiction des alambics privés était son besoin croissant d'argent pour financer la guerre avec les colonies d'Amérique. Une prime était offerte à l'époque à tout qui permettrait de mettre la main sur un alambic de contebande. L'argent de cette prime était bien souvent revitalise pour l'achat ou la fabrication d'alambics neufs. Encore une mesure prise par le gouvernement qui a prouvé son inefficacité dans la lutte contre l'alcool de contrebande.
Au début de la révolution industrielle,
les distilleries appartenant aux Stein et aux Haig étaient
les plus grandes usines (toutes disciplines confondue) sur le territoire écossais.
L'énorme augmentation de la production et de l'exportation vers l'Angleterre
eurent comme effet que les producteurs de gin de Londres, qui formaient une élite
de gens riches, se sont rebellés. Ceci a donné lieu à une
implacable guerre des prix, obligeant les distilleries écossaise à vendre
en dessous de leur prix de revient.
Une autre conséquence de l'influence du lobby de producteurs de gin
fut une augmentation des taxes sur le whisky en provenance des Lowlands à destination
de l'Angleterre.
La réaction des distilleries des Lowlands devant cette subite augmentation
de leurs prix de production fut le recours à des techniques de distillation
plus rapide leur permettant de produire à moindre coût, mais en
faisant d'énormes concessions quant à la qualité de leurs
produits.
Il devint vite évident que les whiskies des Highlands étaient
obligés d'augmenter leurs prix, à cause de la loi de l'offre
et de la demande, même si le commerce était uniquement animé par
la contrebande, étant donné l'interdiction faite au whisky des
Highlands de franchir la frontière vers le sud.
L'importance économique que représente le whisky pour l'Ecosse trouve son origine à cette époque, qui correspond au début de l'ère capitaliste. Le whisky représentait à l'époque déjà la plus importante industrie du pays.
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